Le conduit auditif du chien présente une conformation particulière, qui le distingue de celui de l’homme. En effet, il ne descend pas tout droit jusqu’au tympan : il forme un coude, avec une première portion verticale, puis une portion horizontale qui mène au tympan.
Dr William Bordeau
Cabinet VetDerm — Maisons-Alfort (94)
En partenariat avec le laboratoire Virbac
Cette anatomie protège l’oreille profonde, mais elle favorise aussi la rétention de l’humidité, du cérumen et des débris. Etant donné cette disposition, l’entretien régulier des oreilles tient une place réelle dans l’hygiène du chien, au même titre que le brossage du pelage ou la coupe des griffes.
Le cérumen n’est pas en lui-même le signe d’une oreille sale. En effet, il s’agit d’une sécrétion normale, qui lubrifie le conduit et participe à sa protection en piégeant poussières et micro-organismes. Toutefois, lorsqu’il s’accumule en excès, ou lorsqu’il se mêle à l’humidité et aux poils, il offre un terrain favorable aux bactéries et aux levures naturellement présentes dans le conduit. C’est de ce déséquilibre que naît l’otite externe, l’inflammation du conduit auditif, l’un des motifs de consultation les plus fréquents chez le chien. Un nettoyage bien conduit ne supprime pas tout risque d’otite, car beaucoup d’otites relèvent d’une cause sous-jacente comme une allergie ; il le réduit toutefois, et il permet surtout de repérer tôt les premiers signes d’inconfort.
La présence de poils dans les oreilles rend le nettoyage plus difficile
1. À quelle fréquence nettoyer les oreilles
Il n’existe pas de rythme unique qui conviendrait à tous les chiens. En effet, la fréquence dépend de la conformation de l’oreille, de la longueur des poils du conduit, du mode de vie de l’animal et de sa sensibilité propre. Un chien aux oreilles droites et bien aérées, qui ne présente jamais de gêne, n’a souvent besoin que d’une surveillance régulière et d’un nettoyage occasionnel. À l’inverse, un chien aux oreilles tombantes, ou sujet aux otites, demande un entretien plus suivi. La saison joue également un rôle : la chaleur et l’humidité de l’été, comme les baignades, augmentent la fréquence des otites et justifient, à cette période, une surveillance plus rapprochée.
La règle pratique est donc d’observer avant de nettoyer. Toutefois, il faut se garder de deux excès symétriques. D’une part, négliger les oreilles laisse le cérumen et l’humidité s’accumuler, et prépare l’otite. D’autre part, un nettoyage trop fréquent ou trop appuyé irrite le conduit, élimine le cérumen protecteur et entretient l’inflammation que l’on croit pourtant combattre. Pour la plupart des chiens en bonne santé, un contrôle hebdomadaire de l’aspect et de l’odeur des oreilles, suivi d’un nettoyage seulement lorsqu’il est utile, représente un bon compromis. Le vétérinaire qui connaît votre chien reste le mieux placé pour préciser le rythme qui lui convient.
2. Le matériel adapté
Le nettoyage repose sur un produit conçu pour l’oreille du chien : un nettoyant auriculaire vétérinaire, dont il existe plusieurs formulations selon que l’on cherche surtout à dissoudre le cérumen, à assécher le conduit ou à l’assainir. Ces solutions sont adaptées au pH et à la fragilité du conduit canin. Il convient de les choisir sur le conseil du vétérinaire, en particulier chez un chien sujet aux otites, car toutes ne se valent pas selon la situation. Il est préférable que la solution soit à température ambiante, voire légèrement réchauffée dans la main, car un liquide froid instillé dans le conduit surprend l’animal et rend le nettoyage plus difficile.
À côté du produit, quelques compresses ou un morceau de coton suffisent pour essuyer le pavillon et l’entrée du conduit. Le reste du matériel souvent employé à la maison est, lui, à proscrire. En effet, les cotons-tiges ne doivent jamais être introduits dans le conduit : loin de le nettoyer, ils repoussent le cérumen vers la profondeur, le tassent contre le tympan et risquent de blesser les parois. De même, l’eau seule, l’alcool, le vinaigre, l’eau oxygénée ou les produits ménagers n’ont pas leur place dans une oreille : ils irritent une muqueuse déjà sensible, et certains sont franchement toxiques pour l’audition. Enfin, les produits destinés à l’homme ne sont pas conçus pour le conduit du chien et ne doivent pas y être utilisés.
3. La technique, pas à pas
Le geste est simple, mais il gagne à être fait avec méthode, dans le calme, sur un chien rassuré. Mieux vaut choisir un moment où l’animal est détendu, et associer l’opération à des félicitations, afin qu’elle reste une expérience acceptable. Chez le jeune chien, il est d’ailleurs utile d’habituer tôt l’animal à la manipulation des oreilles, par des contacts brefs, répétés et récompensés, bien avant que le nettoyage ne devienne nécessaire. En effet, un chien accoutumé dès le plus jeune âge à ce que l’on touche ses oreilles se laisse soigner sa vie durant sans appréhension, ce qui facilite autant la prévention que le traitement le jour où il faudra intervenir.
Le déroulé d’un nettoyage bien conduit est le suivant. Tout d’abord, on soulève délicatement le pavillon pour dégager et redresser l’entrée du conduit. On instille alors une quantité suffisante de nettoyant directement dans le conduit, sans craindre d’en mettre assez : le produit doit le remplir pour agir. Puis, sans relâcher le pavillon, on masse doucement la base de l’oreille, à l’endroit où l’on sent le cartilage, pendant une vingtaine de secondes. Ce massage répartit le produit et décolle le cérumen ; on perçoit souvent un bruit de succion, qui signe un bon contact du nettoyant avec les parois. On laisse ensuite le chien secouer la tête : ce réflexe fait remonter vers l’extérieur le cérumen ramolli et l’excès de liquide. Finalement, on essuie le pavillon et l’entrée du conduit, et seulement cette partie accessible, avec une compresse, sans jamais chercher à atteindre le fond. On procède de même sur l’autre oreille, et l’on renouvelle l’application si la première n’a pas suffi à ramener une oreille propre.
Il faut retenir un principe simple : on ne nettoie jamais plus loin que ce que le doigt protégé d’une compresse peut atteindre sans forcer. En effet, le coude du conduit met le tympan hors de portée d’un geste prudent, et ce sont précisément le produit, puis le massage et le secouement de tête, qui font le travail en profondeur, non l’introduction d’un instrument.
La question de l’épilation des poils du conduit se pose chez les races à pilosité abondante, comme certains terriers ou caniches. Elle fait l’objet de discussions, car arracher les poils peut, chez certains chiens, irriter le conduit et favoriser l’inflammation plutôt que la prévenir. Il semble donc préférable de ne pas s’y livrer en routine à la maison, et d’en laisser l’appréciation au vétérinaire, qui jugera, chien par chien, si le geste est utile et comment le pratiquer. En règle générale, un conduit qui s’aère et s’entretient bien se passe le plus souvent d’une épilation systématique.
4. Les erreurs fréquentes à éviter
Plusieurs habitudes répandues, souvent bien intentionnées, font plus de mal que de bien. La première est l’usage du coton-tige dans le conduit, déjà évoqué, qui tasse le cérumen et expose à la blessure. La deuxième est le nettoyage à sec, ou avec un produit inadapté, qui irrite sans nettoyer. La troisième est l’acharnement sur une oreille qui résiste : si le chien manifeste de la douleur, se débat ou gémit, il faut s’arrêter, car la douleur signale presque toujours une inflammation qui demande un examen, et non un nettoyage plus vigoureux.
Une dernière erreur, plus rare, consiste à nettoyer une oreille déjà manifestement malade en espérant régler seul le problème. En effet, lorsqu’une otite est installée, le simple nettoyage ne suffit pas : il peut soulager un temps, mais il ne traite ni l’infection ni sa cause, et il retarde alors une prise en charge nécessaire. Le nettoyage est un geste d’hygiène et de prévention ; il n’est pas un traitement.
5. Reconnaître une oreille à montrer au vétérinaire
Certains signes doivent conduire à consulter plutôt qu’à nettoyer. Une oreille rouge, chaude ou gonflée, une odeur forte ou inhabituelle, un écoulement brun, jaune ou purulent, une quantité de cérumen soudain plus abondante traduisent une inflammation du conduit. De même, un chien qui secoue la tête de façon répétée, qui se gratte l’oreille avec insistance, qui la tient inclinée d’un côté, ou qui se montre douloureux au moindre contact de la zone, exprime une gêne qui dépasse le simple besoin d’hygiène.
Devant ces signes, il faut éviter d’instiller un produit avant l’avis du vétérinaire. En effet, si le tympan est lésé, ce qui n’est pas visible de l’extérieur, certaines solutions peuvent passer dans l’oreille profonde et y causer des dommages. C’est pourquoi le choix du nettoyant, et la décision même de nettoyer, reviennent au vétérinaire lorsqu’une otite est suspectée. L’examen permet alors d’inspecter le conduit, de vérifier l’état du tympan et de rechercher la cause, étape sans laquelle l’otite récidive.
L’examen apporte par ailleurs des renseignements qu’un simple coup d’œil ne donne pas. En effet, le vétérinaire peut prélever un peu de cérumen et l’observer au microscope, afin d’identifier la présence de levures, de bactéries ou de parasites, et d’orienter ainsi le traitement. La gale des oreilles, due à un parasite microscopique, en est un bon exemple : fréquente chez le jeune animal, elle s’accompagne d’un cérumen sombre et sec, abondant, et de démangeaisons vives, et elle ne cède qu’à un traitement spécifique. C’est dire qu’une oreille qui gratte ou qui coule ne se résume pas toujours à un défaut d’hygiène, et qu’elle mérite d’être examinée plutôt que traitée à l’aveugle.
6. Les chiens qui demandent une attention particulière
Tous les chiens ne sont pas égaux devant l’otite, et quelques profils appellent une surveillance renforcée. Les chiens aux oreilles tombantes, dont le pavillon recouvre l’entrée du conduit, vivent avec un conduit plus chaud et plus humide, donc plus propice aux infections. Les races au conduit étroit ou très poilu, chez lesquelles les poils retiennent le cérumen, sont dans le même cas. Par ailleurs, les chiens qui se baignent, ou que l’on lave souvent, gardent volontiers de l’humidité dans le conduit, qu’il convient alors de sécher avec soin.
Après un bain ou une baignade, il est ainsi prudent de sécher l’entrée des oreilles et, chez les chiens prédisposés, de recourir à une solution asséchante conseillée par le vétérinaire, afin que l’humidité ne stagne pas dans le conduit. En effet, c’est souvent cette humidité résiduelle, plus que l’eau elle-même, qui prépare l’otite chez le chien baigneur.
Une mention particulière revient aux chiens allergiques. En effet, chez beaucoup de chiens sujets aux otites à répétition, l’oreille n’est que le reflet d’une affection plus générale, souvent une allergie cutanée, dont le conduit auditif n’est qu’une localisation. Chez ces animaux, l’hygiène régulière fait partie du suivi, mais elle ne remplace pas la prise en charge de la cause de fond, sans laquelle les otites reviennent. Pour ces chiens en particulier, le rythme du nettoyage et le choix des produits méritent d’être réglés avec le vétérinaire.
Conclusion
L’entretien des oreilles repose sur peu de choses : un produit adapté, un geste doux et régulier, et surtout l’observation attentive de l’aspect, de l’odeur et du comportement du chien. Bien mené, il prévient une part des otites et permet de prendre les autres à leur début. Toutefois, il connaît une limite nette : dès qu’une oreille devient douloureuse, malodorante ou enflammée, le nettoyage cède la place à l’examen. En cas de doute sur le rythme, le produit ou la conduite à tenir, le vétérinaire de votre chien demeure l’interlocuteur le mieux placé pour vous guider.


